Apprendre

croix 5 ans

 

J'assiste à un baptême. Placée à droite de l'autel, je suis deux mètres derrière les célébrants.
Au moment de la consécration, l'un d'eux rouspète discrètement mais fermement deux servants d'autel.
Je me demande ce qui pousse ces enfants à servir la messe. Sont-ils obligés ? Sont-ils heureux de rendre service ? Sont-ils comblés par la proximité de Jésus ? S'épanouissent-ils dans une routine qu'ils chérissent ?
Je me souviens qu'au bout de 5 ans de service, un servant d'autel reçoit une croix bien plus jolie et imposante à arborer sur son aube. Espèrent-ils ce prestige ?

 

 

 

recompense

 

Notre cerveau fonctionne sur un mode de récompense.
On tient compte de cela lors du dressage d'animaux.
On tient aussi compte de cela dans de nombreux systèmes humains avec des récompenses honorifiques, financières, de produits ou services.

 

 

 

enfants ecole

 

Nous sommes tous différents, avec des épreuves plus ou moins grandes vécues plus ou moins tôt et nous sommes donc loin d'être tous égaux devant l'apprentissage quand nous entrons dans le système humain nommé éducation nationale.

 

 

 

 

 

J'aimerais développer deux points :

1) Quand on est envahi par les émotions, on n'est pas disponible pour l'apprentissage.

enfant emotion

 

Les enfants qui, pour une raison ou une autre, sont débordés par leurs émotions vont forcément être en décalage par rapport à ce que l'enseignant essaie de faire passer. Et si aucune mesure n'est prise, le décalage va se transformer en véritable retard. On risque de rentrer dans un cercle vicieux : je réussis moins bien que les autres, ce constat m'occasionne des émotions (colère ? tristesse ? dégoût ? peur ?) en conséquence de quoi je ne peux pas bien apprendre, j’accrois mon retard, cela m'occasionne des émotions, etc. A la cause de départ vient s'ajouter une ou plusieurs surcouches !

 

 

 

emotions vice versa 300x82

[A propos des émotions, je vous conseille l'excellent dernier film de Pixar : Vice-Versa]

Une collaboration entre les parents et l'enseignant est alors très souhaitable. Les parents autant que les enseignants, n'aiment pas se sentir jugés. Tout ce qui est officiel (convocation) ou ton de reproche direct est donc à bannir. Il faut se parler mais dans un contexte neutre plutôt amical que hiérarchisé. Partir des faits. Je constate ceci, qu'en pensez-vous ?


Essayer de prendre des toutes petites décisions constructives très pragmatiques pour peu à peu transformer le cercle vicieux en cercle vertueux. Un regard bienveillant de la part des parents et de l'enseignant est gage de réussite.

 

2) En fonction de notre objectif inconscient (ce qu'il faut que nous fassions pour être aimés) et par imprégnation (au contact de ceux qui nous ont élevés), nous développons plus ou moins tel ou tel type d'activité mentale (perception, automatismes, analyse ou imagination).

Le système scolaire valorise davantage l'analyse et les automatismes que la perception et l'imagination. Tout un pan de la population-élèves va donc se sentir incompétent, c'est embêtant, et va peu développer ses capacités, c'est gênant aussi.

 

mathematiques

 

Prenons l'exemple d'un problème mathématique.
Il y a forcément une phase de perception pour collecter les données.

  1. L'enfant qui développe particulièrement la perception arrive, par exemple, très facilement et très rapidement à voir si quelqu'un souffre, a froid, est ébloui; s'il va pleuvoir; si cet endroit ou cet objet est confortable ou dangereux, ... Pour résoudre le problème de maths, ça ne sera pas suffisant.
  2. L'enfant qui développe particulièrement les automatismes apprécie les routines. Son talent réside dans l'exécution de gestes physiques ou mentaux répétitifs. Pour résoudre le problème de maths, s'il a perçu d'après l'énoncé quelle méthode il devait appliquer, alors c'est un plaisir pour lui de dérouler scrupuleusement la procédure de résolution de ce type de problème. Si le problème est présenté d'une manière qu'il ne connaît pas, il sera perdu et ne saura quelle méthode dérouler.
  3. L'enfant qui développe particulièrement l'analyse aime comparer, trouver la logique des évènements. A partir de l'énoncé, il va savoir faire plein d'aller-retours entre toutes les informations qu'il a déjà emmagasinées, que la forme de l'énoncé du problème lui soit connue ou pas. Si ce problème nécessite de connaître tel théorème ou telle méthode élaborée précise, cet enfant peut se retrouver en difficulté.
  4. L'enfant qui développe particulièrement l'imagination se sert de ce qu'il a perçu pour changer de cadre. La baignoire du problème devient un moyen de locomotion, les chiffres sont des compagnons ou des ennemis à fuir ou combattre ! Cet enfant va peut-être résoudre un problème de géométrie car il arrivera à imaginer tel déplacement de figure, de segment ou d'angle mais arrivera-t-il à rédiger une démonstration ?

Nous utilisons ces 4 domaines d'activité mentale mais l'un d'eux est celui que nous préférons, que nous utilisons le plus souvent. Il est confortable et ce sera confortable d'avoir un métier qui sollicite principalement cette activité mentale.
Afin de pouvoir nous adapter à toutes les situations de la vie, il est important de ne pas délaisser jusqu'à un stade pathologique les autres domaines d'activité mentale.

 

famille 300x169

 

Il sera plus facile aux parents de modifier leur manière d'accompagner leur enfant que de modifier la pédagogie de l'éducation nationale.
Donnez l'habitude à votre enfant d'appréhender les cours sous plusieurs angles : d'une part visuelle, auditive ou verbale, d'autre part perception, automatismes, analyse, imagination.
Tel enfant retiendra mieux en mettant des couleurs dans son cours. Tel autre en le dessinant. Tel autre en le chantant. Il faut essayer, tester, observer son enfant dans le quotidien. Que retient-il facilement ? Voit-il ce qu'il restitue en image ou en mot ? L'entend-il ?
Les parents peuvent aider leur enfant en lui faisant découvrir ses forces et ses faiblesses. Comment il peut contourner ici. Et là où il ne pourra pas contourner et devra fournir un effort.
Certains enfants ont besoin de temps pour assimiler l'enseignement. Il ne faut pas leur proposer de faire des exercices ou de réciter un poème juste après la lecture. Il faut attendre le lendemain. Cela signifie d'anticiper en permanence, de ne pas attendre le dernier moment.

Vous comprenez comme l'accompagnement instructif est essentiel. Valoriser d'abord le domaine d'activité mentale préféré pour qu'il se développe jusqu'à obtenir une compétence de qualité professionnelle. Proposer aussi des axes de progrès comme compléments indispensables mais sans s'acharner.

 

penser

 

J'ai révisé les maths avec mon fils dans le cadre de la préparation du Brevet. J'ai retrouvé avec plaisir les domaines dans lesquels j'étais forte à l'époque. Je me suis aussi confrontée à un cours que je n'avais jamais vu. J'ai vraiment ressenti les étapes dans mon mental :

  • la contrariété (zut, ça a l'air dur), l'appréhension (je risque d'échouer)
  • la décision d'essayer, de lire le cours, l'effort
  • la concentration nécessaire, les liens avec les infos déjà stockées qui se font ou pas. Il faut alors relire, se concentrer de nouveau, lire le cours précédent
  • l'essai d'application, pas envie, nouvelle peur d'échouer
  • la décision d'essayer, l'effort
  • le léger mal de crâne qui pointe son nez
  • la nécessité de se reporter au cours, la dévalorisation personnelle que ça entraîne
  • la décision de faire un deuxième exercice, l'effort mêlé d'espoir
  • la constatation que la logique commence à être intégrée
  • l'envie de faire un 3e exercice
  • le plaisir de réussir

 

panneau autoroute

 

 

J'expliquais il y a quelques jours à ma fille, que oui, ça lui demande un effort quand elle fait de l'anglais avec moi, que ça n'est pas un moment plaisant. Je lui ai proposé la comparaison suivante : quand elle consent à faire un effort, elle permet la connexion de neurones et petit à petit, c'est comme si dans son cerveau, un sentier impraticable encombré de ronces (les maux de crâne !), grâce aux entraînements, va se transformer en chemin, en route et même en autoroute qu'elle prendra beaucoup de plaisir à emprunter.

 

online shop

 

 

On retrouve le fonctionnement naturel du cerveau : la récompense.
Le but est que l'enfant expérimente souvent le couple effort - plaisir, dans le respect des autres contraintes, notamment sa fatigue.
Or la société de consommation nous propose en permanence l'inverse de l'effort : tout tout de suite pour presque rien. Cela ne facilite vraiment pas la tâche des parents et des enseignants.
Eduquer, c'est accompagner ... dans la durée.
Bon courage :)