Soleil Arbres

 

L'été dernier, nous ne sommes pas allés camper à la ferme en montagne. Ça m'a manqué.
Et puis je n'y ai plus pensé.
Mais en début de semaine, avec ce beau soleil, le vent effleurant mon visage et les feuilles de bulbes pointant le bout de leur nez, je me suis rappelée.
Je me suis souvenue des prairies en montagne. Le vent qui caresse ma nuque, mes bras, mes jambes. La mélodie des bruissements de feuilles, le tintement des cloches des moutons et des vaches. La vision des rayons du soleil au travers des branches d'arbres, allongée dans l'herbe.
Ressentir dans mon corps et ressentir aussi le temps qui m'est offert, le temps de savourer.

 

Ce temps après lequel les cultures occidentales courent.
Il semblerait qu'au plus nous accédons à la technologie au moins nous avons de temps.
J'ai l'impression que nous sommes tous pris dans une spirale où nous nous donnons implicitement l'injonction de faire plein de choses et de bien les faire.
Et nous nous interdisons inconsciemment de faire autrement car nous sommes "la société de la culture", "la société du progrès", "la société qui chérit ses enfants", "la société des libertés".


hamster roueOr je constate d'une part que les usagers doivent de plus en plus faire par eux-mêmes : le plein d'essence, monter leurs meubles, gérer les opérations bancaires sur internet, rendre et emprunter des documents à la médiathèque via des automates, déclarer leurs revenus et commander les livres scolaires en ligne. Les parents d'élèves doivent suivre les devoirs scolaires, ce qui peut s'avérer particulièrement chronophage alors que chacun, parents et enfants, ont déjà eu "leur journée".

Je constate d'autre part que de nombreuses personnes, en maintes circonstances, sont collées à leurs écrans. Or s'il y a bien une situation dans laquelle on ne savoure pas le temps qui passe et où l'on est coupé de son environnement, c'est celle-ci.

Et je constate enfin l'inadéquation entre les offres et les demandes d'emploi, la concurrence, les charges patronales, le SMIC insuffisant pour se loger dans de nombreuses villes, la durée de transport domicile-lieu de travail qui s'allonge... Tout cela ne facilite pas la vie des concitoyens. La trésorerie mondiale, dont la plupart d'entre nous sur Terre aurait besoin chaque fin de mois, se trouve planquée dans les paradis fiscaux (8000 milliards d'euros). Des écrans multiples et complexes, des accords tacites les protègent, nous retirant autant de sécurités de tous ordres.

NuageCoeurOr le temps dont nous disposons permet d'apporter de la douceur au monde. Le temps devant soi permet d'être moins stressé, de s'autoriser à percevoir son corps et l'environnement, à la place de penser à tout ce qu'il nous reste à faire.
Lorsque nous ressentons notre corps, nous raccrochons le moment présent, nous goûtons à notre vraie nature synonyme d'amour, de joie, d'infini à partager.
Lorsque nous percevons notre environnement, nous voyons que notre collègue gère une urgence stressante et n'a pas le temps pour cette blague que nous avions très envie de lui raconter. Nous voyons que notre conjoint, notre enfant n'a pas le même comportement que d'habitude.
Quand nous disposons de temps, nous pouvons prendre soin.

SentirLeVentCette année j'ai décidé de prendre soin.
Difficile de répondre "Je n'ai pas de projet", "Non, pas de deuxième livre en perspective".
Difficile de ne pas répondre aux multiples sollicitations dont les médias nous entourent : telle association cherche des bénévoles, telle manifestation culturelle a l'air intéressante, etc.
Difficile de juste dire "Rien de neuf, j'essaie juste de prendre un peu plus de temps pour percevoir et prendre soin."
Bah oui, ce n'est pas excitant comme phrase.
Or tout autour de nous n'est qu'excitation.

Je vous laisse un moment, je sors ressentir le vent sur mon visage et sourire aux passants.

 

* Strangers in the grass : Des inconnus sur l'herbe.

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