Les voix internes

suicide

Le probable suicide d'Andreas Lubitz, ayant entraîné avec lui, la mort de 149 personnes, me renvoie aux déceptions que nous subissons.

Notre cerveau a toutes sortes de parades pour nous aider à continuer à vivre. Soit un long chemin d'acceptation soit l'utilisation de l'énergie donnée par la colère pour essayer encore d'atteindre le but fixé.

S'il y a refoulement juste après la déception, alors nous ne sommes pas conscients que nous n'acceptons pas ce qui s'est passé.

Une autre forme de non-acceptation est une sorte d'obsession mêlant des sentiments d'injustice et d'humiliation. Cela prend toute la place. La personne quitte le réel et passe en boucle mille et une hypothèses pour réparer cette injustice qui l'humilie et la fait souffrir.

J'ai eu un masseur-kinésithérapeute qui n'acceptait pas d'avoir loupé médecine. Même après plusieurs années, il parlait principalement de cela, ne parvenait pas à tourner la page.

Shunryu Suzuki, bouddhiste, nous enseigne, qu'après avoir essayé tout ce qui était possible sans parvenir à nos fins, il nous reste à accepter.

Zazen est au cœur du bouddhisme car la méditation aide à être en prise avec le présent et le réel et ainsi pouvoir prendre de bonnes petites décisions.

L'enjeu est de ne pas laisser l'inconscient nous protéger de la souffrance jusqu'à l'extrême du suicide. Ne plus vivre pour ne plus souffrir.

Je vous parle souvent de bonnes petites décisions dans des petits détails du quotidien mais aujourd'hui, je vous parle plutôt de grandes décisions du conscient pour éviter que l'inconscient ne tienne tous les rênes jusqu'au suicide.

Ça peut être de demander un arrêt de travail ou même chercher du travail ailleurs pour ne plus penser à une personne ou une situation qu'on subit tous les jours et qui tourne à l'obsession.

Ça peut être de se réorienter professionnellement parce que le métier actuel ne nous renvoie pas la reconnaissance dont nous avons besoin ou parce que nous ne pourrons jamais, dans cette branche, accéder au niveau hiérarchique supérieur.

Ces grandes décisions aident à pouvoir refouler la déception et peut-être un jour accepter. Car si les pensées sont envahissantes, on n'y arrive pas. Mettre le sujet des pensées à distance, c'est rendre service à l'inconscient qui va pouvoir utiliser des systèmes de protection raisonnables et non plus extrêmes.

Certaines personnes vont savoir prendre de bonnes petites décisions voire de grandes bonnes décisions ... et d'autres pas. Il y a de très nombreux facteurs qui entrent en ligne de compte.

Ce que je vous propose de retenir, c'est que nos connaissances du cerveau ont permis d'identifier que la zone activée lors d'une souffrance physique est la même que lors d'une souffrance morale. L'une ou l'autre sont à prendre autant au sérieux quand elles "s'installent".

N'oublions pas que :

  • La douleur sert d'alerte, elle n'est pas là juste pour nous faire souffrir mais pour nous faire agir et rester vivant.
  • Le pire stress est le stress quotidien. La ou les contrariétés qui reviennent chaque jour sont les plus préjudiciables.

Quand nous prenons soin de nous, nous ne sommes pas égoïstes. Nous interrompons la chaîne de report de souffrance.

Dédié aux amis et familles des victimes de l'A320 qui s'est écrasé dans les Alpes le 24 mars 2015.